« 4 octobre 1848 » [source : Collection particulière, MLM (Paris), 65303 0034/0036], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4998, page consultée le 03 mai 2026.
4 octobre [1848], mercredi matin, 8 h.
Bonjour, mon cher petit représentant, bonjour, mon amour béni, bonjour, comment ça va ce matin ? As-tu parlé hier à l’Assemblée ? Je ne le saurai que tantôt. As-tu bien bâfréa chez Paul Meurice ? À quelle heure t’es-tu couché ? Toutes ces choses qui m’intéressent tant je ne pourrai pas les savoir avant quatre heures au plus tôtb. J’ai oublié de te dire dans mon gribouillis d’hier que M.le curé de Saint-Mandé avait laissé une carte pour moi, ne m’ayant pas trouvée à la maison. Tu sais que j’avais l’intention d’aller lui faire visite en allant au cimetière. Pour cela il faudrait que j’eusse une matinée tout entière et une partie de l’après-midi. Le jour où tu n’irais pas à l’Assemblée de si bonne heure, je pourrais en profiter. Mais j’y pense, rien ne m’empêche d’y aller dimanche prochain si le temps le permet. Je serai de retour pour l’heure à laquelle tu as l’habitude de venir. Je pense que tu n’y verras pas d’inconvénient. Nous en parlerons d’ici là et tu me diras ce que tu en penses. En attendant je t’apprendrai que Pradier est de retour car j’ai vu Charlotte1 à la croisée quai Voltaire hier après t’avoir quitté. Dans le cas où tu aurais l’occasion de te rencontrer avec lui je te supplie de lui parler encore pour cette pauvre enfant. Toi seul peuxc le décider à tenir cette pieuse et sainte promesse qu’il a faite à sa fille mourante2. Aussi je te supplie de ne pas te lasser et de lui rappeler son devoir à satiété. Je ne pourrai pas t’en aimer plus parce que c’est impossible mais je t’en serai bien tendrement reconnaissante.
Juliette
1 Julia-Claire-Charlotte, fille de James Pradier et de Louise d’Arcet, est née à Paris le 29 juillet 1834. Claire avait de la tendresse pour sa demi-sœur, qui la lui rendait, et Juliette reste attachée à Charlotte.
2 Pradier a promis de faire un médaillon représentant sa fille.
a « baffré ».
b « plutôt ».
c « peut ».
« 4 octobre 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 341-342 ], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4998, page consultée le 03 mai 2026.
4 octobre [1848],mercredi soir, 7 h.
Voici mon dernier morceau de papier, mon petit homme, après lequel il faudra que je prenne le beau papier satiné à moins de ne plus vous griffouiller jamais de la vie ni des jours, ce qui serait une fameuse privation pour votre pauvre vieille bête de Juju. Il serait plus simple d’acheter du hideux papier et de me laisser la joie de le salir de mon amour depuis la première jusqu’à la dernière feuille. Vous y penserez et votre générosité de représentant se fendra d’une rame de papier de 2 francs. En attendant vous voyez que j’emploie consciencieusement tout ce qui me tombe sous la main plutôt que d’attenter à votre sacré papier bleu. À propos d’attentat vous saurez qu’on me prend trente sous pour raccommodera mon parapluie que j’ai cassé par votre faute. Il va sans dire que vous n’aurez pas l’infamie de me laisser ce SINISTRE sur le dos et que vous me mettrez à COUVERT de cette monstrueuse dépense. S’il en est autrement vous ne seriez pas digne de porter le glorieux titre de représentant du peuple et de toucher vingt-cinq francs par jour1. Mais je vous connais assez généreux, assez grand et assez magnifique pour aller au-devant d’un malheur dont vous êtes la seule cause. Aussi je vais manger ma soupe avec confiance et tranquillité en priant le Dieu des bonnes surprises de vous envoyer chez moi ce soir.
Juliette
1 L’indemnité quotidienne d’un représentant du peuple était de vingt-cinq francs.
a « racommoder ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
